jeudi 10 octobre 2019

RENDEZ-VOUS DES LECTEURS N°14 

Retrouvez le compte-rendu du Rendez-vous des lecteurs n° 14 qui s'est déroulé vendredi 27 septembre à la médiathèque de Saint-Dolay.
Le RDV des lecteurs a lieu tous les deux mois, il est ouvert à tous pour partager un coup de cœur pour un livre, un film, un spectacle, une musique .... Gratuit, sans inscription et sans obligation de régularité. Bienvenue ! 😀

Cliquez sur l'image pour l'agrandir



samedi 6 juillet 2019

COUPS DE COEUR 


Un monde à portée de main
2018. Maylis de Kerangal
Roman. Editions Verticales




Un livre éblouissant, à la lecture duquel tous les sens sont en éveil.

"Dépassant à chaque fois la simple ­rigueur documentaire, Maylis de ­Kerangal a toujours aimé infiltrer des univers aux antipodes du sien, s’approprier les jargons spécialisés, explorer les techniques de pointe, observer les émotions à l’assaut du savoir-faire scientifique. Après l’ingénierie des Ponts et Chaussées (Naissance d’un pont), la médecine des greffes d’organes (Réparer les vivants), elle ouvre cette fois grand les yeux sur l’art de la peinture, en accord parfait avec son écriture visuelle, flamboyante et assurée jusque dans ses tâtonnements, au plus près de la matière. Ancrée dans des lieux réels dont elle détaille toute la magie du hasard (l’école d’art est vraiment rue du Métal…), son histoire est celle d’une trajectoire en flèche, perforant les faux-semblants. Créatrice de décors en trompe-l’œil, sous chaque coup de pinceau, chaque estafilade de cutter, chaque essorage d’éponge, Paula­ Karst révèle sa vérité de fille d’aujourd’hui, en lien direct avec les premiers artistes de l’humanité." Télérama


COUPS DE COEUR 


Partiellement nuageux
2019. Antoine Choplin
Roman. Editions La fosse aux ours



https://i1.wp.com/latitude-litteraire.fr/wp-content/uploads/2019/02/partiellementnuageux.jpg 


Une écriture simple et raffinée, comme toujours chez Antoine Choplin. Un régal de lecture. 


"Ernesto est astronome dans le modeste observatoire de Quidico, au Chili, en plein territoire mapuche. Il vit seul avec son chat, Le Crabe, et Walter, un vieux télescope peu performant.
Lors d'un séjour à Santiago, il rencontre Ema à l'occasion d'une visite au musée de la Mémoire.
Très vite, les fantômes de la dictature resurgissent. Ernesto et Ema devront surmonter ce passé douloureux." La fosse aux ours



jeudi 17 janvier 2019

COUPS DE COEUR 


Ce sentiment de l'été
2015. Film de Mikhaël Hers

 

>>Télérama

La critique par Jacques Morice
Un matin, à Berlin. Sasha part au travail. On voit alors la jeune femme, de loin, s’affaisser sur une pelouse. Morte. Comment les proches vivent-ils après cette perte irrémédiable : c’est le sujet du film, qui évoque le poids du chagrin avec délicatesse. Celle-là même qui avait tant plu dans Memory Lane (2010), premier long métrage de Mikhaël Hers, autour d’une bande d’amis à la croisée des chemins… Le deuil de Sasha rapproche deux personnes : Zoé (Judith Chemla), la sœur cadette de Sasha, et Lawrence (Anders Danielsen Lie), le compagnon de la défunte, qui vit désormais seul. Ils vivent loin l’un de l’autre, n’ont pas les mêmes centres d’intérêt, mais quelque chose d’indicible les lie.
Les chemins de la mémoire, la géographie et le temps, le lieu et le moment, c’est la grande affaire de Mikhaël Hers, doué d’un réel talent à créer des échos, de futurs souvenirs. L’été est une saison riche d’ambivalences, de beauté à portée de main, mais aussi de vide. Le cinéaste filme Berlin, Paris et New York comme d’étranges lieux de villégiature, hors du temps. Lawrence et Zoé ressemblent d’abord à des fantômes prostrés, qui s’animent peu à peu, sillonnent la ville, remontent la pente. Grâce à la musique, notamment, qui soulève de terre (The Undertones, entre autres), Mikhaël Hers traduit ces variations de manière physique, sensorielle.




COUPS DE COEUR 


La papèterie Tsubaki
2018 >>Editions Picquier

 
 

mardi 23 octobre 2018

COUPS DE COEUR 


Le coeur sauvage de Robin Macarthur
2017 Editions TERRES D'AMERIQUES ALBIN MICHEL

Le petit miracle de l’écriture de Robin MacArthur (admirablement traduite par France Camus-Pichon), c’est qu’à travers onze nouvelles écrites à la première personne (toujours féminine) et qui parfois se font écho, surgit un monde de ratages et de poisse qui jamais ne sombre dans le mélodrame. Juste dans une mélancolie pudique, proche des nouvelles de Tchekhov, dans une tristesse aiguë que n’aurait pas reniée Maupassant. Ici les femmes dominent, résistant à toutes les souffrances, à tous les abandons ; les mères surtout, qu’observent en silence des filles rebelles. Rarement auront été aussi finement suggérées la violence et la tendresse, la rivalité et l’empathie secrète des relations mère-fille. On noie beaucoup de chagrin dans l’alcool chez Robin MacArthur, ou on va se promener dans les bois, se baigner dans l’eau glacée, s’oublier dans l’effort. La sauvagerie des lieux apaise la sauvagerie du cœur. 

Fabienne Pascaud / Télérama



Résultat de recherche d'images pour "le coeur sauvage livre"






jeudi 20 septembre 2018

COUPS DE COEUR 

VIE DE DAVID HOCKNEY de Catherine Cusset
2018. Edition Gallimard. Roman biographique



Culotté d’oser faire un roman de la vie d’un artiste toujours vivant, d’inventer ses pensées, ses propos sans même jamais l’avoir rencontré ; et de prétendre, en un court prologue, que tout est vrai quand tout est imaginé… Catherine Cusset est comme ça. Elle nargue le réel comme ça. Le défie et nous en venge ; le magnifie, aussi. Finalement, de ses phrases sèches et brèves, comme jetées au couteau, elle « écrit » David Hockney (80 ans) avec ses mots, comme lui peint ses amis, amants, parents avec ses couleurs. Même boulot, si les instruments et la forme diffèrent. D’ailleurs, Catherine et David se ressemblent, exilés chacun un long temps de leur vie aux Etats-Unis, loin de leur terre natale, mais toujours entourés de famille et d’amis, épris de liberté, ayant à cœur d’aller au bout de leur œuvre, de leur désir d’œuvre. Qu’elle soit ou non à la mode. Difficile, pour le jeune figuratif anglais, de faire accepter l’éclat de ses couleurs, l’audace de ses techniques et de ses expérimentations, ses références aux classiques aussi, quand règne en maîtresse l’abstraction américaine.
Mais très jeune David Hockney, de milieu modeste et rebelle, a uniquement peint « ce qui comptait pour lui ». Avec une volonté indomptable. Comme son acharnement au travail. C’est cette force-là qui lui a permis de vivre crânement son homosexualité à une époque où l’Angleterre l’interdisait encore, de traverser l’horreur des années sida et l’hécatombe chez ses proches. Si Catherine Cusset nous perd vainement dans la ronde incessante des amours et aventures du maître adulé d’aujourd’hui, dans ses allers-retours permanents entre Angleterre et Etats-Unis, elle raconte superbement le rapport fusionnel, amoureux, passionné, de l’homme à sa peinture. Sa quête du mouvement de la toile, de sa vie même. Et elle murmure, entre les phrases, les contours et les traits, ce qu’être artiste implique et signifie.
 Fabienne Pascaud / Télérama





LE POIDS DE LA NEIGE de Christian Guay-Poliquin
2018. Edition de l'Observatoire. 


Un étrange climat d’apocalypse, au bout du bout de la glace et du froid, baigne le deuxième et hypnotisant roman de Christian Guay-Poliquin, auteur québécois de 35 ans. Que s’est-il passé dans cette lointaine région noyée dans la forêt, qu’une longue panne d’électricité condamne peu à peu à la vie sauvage ? Dans les villages, la vie s’est comme arrêtée. Bloqués chez eux par les intempéries, les habitants ne peuvent plus se déplacer, les réserves alimentaires s’épuisent, les liens de la communauté se disloquent dans les soupçons et les disputes. Sous les couches de neige, dont les variations rythment ici bizarrement chaque chapitre, la mort rôde sous un masque blanc. Comme dans une nouvelle d’Edgar Poe.
Une sombre demeure abandonnée abrite justement sur les hauteurs un jeune et un vieil homme sans lien aucun. Le narrateur, jeune mécanicien, a failli périr dans un accident de voiture en voulant rejoindre son père mourant, le garagiste du village. Brisé de partout, il ne parle plus. On le confie à ce Matthias, citadin victime du mauvais temps et échoué là par hasard ; il est chargé de le soigner en échange d’un hypothétique retour vers sa ville… C’est ce face-à-face quasi immobile, quasi muet, toujours énigmatique et sourdement menaçant, que conte Le Poids de la neige. La suite sans doute du premier roman de Christian Guay-Poliquin, Le Fil des kilomètres(2013), et une inquiétante histoire d’attente, de survie, dans des paysages somptueux et maléfiques, devenus authentiques personnages. Est-ce un roman d’anticipation, politique et écologique à la fois, sur un avenir proche qui verra la nature se révolter et nous condamner à être tous des réfugiés ? Est-ce un fascinant manuel de résistance ? Ou un songe contemplatif, presque mystique, où l’on apprendrait à se reconstruire avec générosité, même abandonné des siens, même séparé des autres, en communiant silencieusement avec les éléments ? Tout cela à la fois. Magiquement.